Prototype : / Written (From) The Stars /, ou Google Maps Writings

Prototype d’une intervention d’écriture urbaine utilisant des outils de suivi GPS.

Une partie de mon projet d’expérimentation concerne les cartographies numériques. En particulier, une partie de mon projet inclut une réflexion sur la façon dont la vue de la Terre depuis le haut et sur comment les  représentations terrestres grace au numérique (photographies et cartes) participent à la perception humaine de la planète. 

L’augmentation du nombre de perspectives sur la Terre façonne notre perception des distances territoriales, des frontières et du temps. La verticalité de la perspective, grâce aux vues satellites et aux cosmonautes photographes, donne accès à une possession de l’horizontalité, à une rationalisation de l’horizon perceptif. La vision en plongée, la construction de cartes satellites numériques dépeint un terrain virtuellement stable où tout semble avoir un sens, et même les frontières nationales semblent encadrer harmonieusement les chaînes de montagnes ou chasser les rivières. À propos de la vue aérienne par un « […] spectateur supérieur flottant en toute sécurité dans les airs », Hito Steyerl écrit que « Tout comme la perspective linéaire établit un observateur stable et un horizon imaginaire, la perspective d’en haut établit un observateur flottant imaginaire et un sol stable imaginaire. » [1] Steyerl revendique l’artificialité d’une cartographie stable, définie et définitive, où la géographie territoriale est un flux en mouvement, où ‘intérieur’ et ‘extérieur’, dessus et dessous sont des conventions, où la Terre n’est pas une sphère parfaite flottante dans un espace vide. Pour Jussi Parikka aussi, les frontières et les espaces géographiques sont toujours multiples. Le théoricien finlandais écrit que l’espace géographique « […] est multiple et se multiplie encore sous diverses formes visuelles dont beaucoup ne sont pas, de plus en plus, lisibles par l’homme. » [2] Parikka insiste sur le fait que la verticalité joue un rôle de protagoniste dans la chorégraphie qui crée les cartographies verticales, et que le mouvement des corps humains et non humains vers le haut et vers le bas est un processus créatif plutôt q’une découverte ou une transposition de la réalité en image. Les drones et les satellites, nos yeux sans fils, construisent et composent le territoire. Les outils non-humains de Parikka deviennent partie du savoir moderne. 

Dans mon projet de recherche, j’adopte le terme de ” pile ” (stack) proposé par Benjamin Bratton [3] pour désigner l’occupation et la verticalité des couches techno-politiques intrinsèques à toute représentation numérique de la Terre. En me basant sur les théories de Bratton et celles de Hito Steyerl et Jussi Parikka sur la politique de la verticalité, j’ai décidé de créer une pièce performative dans laquelle j’écris et dessine en utilisant Google Maps. Mon objectif est de tracer mon itinéraire à l’aide des outils proposés par Google Maps dans un quartier particulier d’Athènes, que j’ai sélectionné pour sa configuration urbaine très particulière. Vu d’en haut, ce quartier dessine une série d’ovales concentriques, coupés par quelques rues régulièrement disposées de manière radiale. Cette disposition fait penser à une sorte de mandala, un rituel et une représentation cosmique. C’est pourquoi j’ai choisi de créer un acte performatif de marche et de dessin.

Par manque de temps, je n’ai pas encore réalisé la performance, mais je vous propose ici une série de captures d’écran des chemins d’écriture possibles via Google Maps. Quelle est la différence entre une description horizontale, à hauteur et échelle humaine, et une représentation numérique vue d’en haut ? 

Je prévois de réaliser la performance in situ dans les prochains jours et de mettre à jour cette publication dès que cette expérience aura eu lieu. 

Comme malheureusement la plateforme Carnet en Ligne coupe les images que je télécharge, vous pouvez trouver ici le lien vers les images / prototype que j’ai produit jusqu’à présent : https://mysticfish.hotglue.me/?digitalnaps/ 

 


[1] Steyerl, Hito. The Wretched Of The Screen. E-Flux Journal 6. Berlin : Sternberg Pr, 2012. P. 24. Traduction par l’auteure : « superior spectator safely floating up in the air » ; « Just as linear perspective established an imaginary stable observer and horizon, so does the perspective from above establish an imaginary floating observer and an imaginary stable ground. » 

[2] Parikka, Jussi. « Cartographies of Environmental Arts ». In Posthuman Ecologies: Complexity and Process after Deleuze, édité par Rosi Braidotti et Simone Bignall, 41‐59. New York ; London: Rowman & Littlefield International, 2019. Traduction par l’auteure : « […] is multiple and it is further multiplied in various visual forms many of which are not, increasingly, human readable. »

[3] 27 Bratton, Benjamin H. The stack: on software and sovereignty. Software studies. Cambridge, Massachusetts : MIT Press, 2015.