Quelques mètres de silences

EXPLORATION THÉORIQUE ET PRATIQUE DES PROCESSUS DE DÉSORIENTATION DANS L’ESPACE URBAIN NOCTURNE

« Our orientation is thus constructed around the question, both material and metaphorical, Where am I ? and around its multiple and heterogeneous answers. […] And yet, if everything is moving where is here ? »

SCHMIDT DI FRIEDBERG Marcella, Geographies of Disorientation, 1ere éd., Routledge, 2017.
[Ce projet est mené en collaboration avec l'artiste et chercheur Léo Chédin.
J'alterne donc le je avec le nous dans la description de notre méthode de travail.]

Journal de bord

RECONTEXTUALISATION

Espace diurne et nocturne à la fois, lieu d’ombres et lumières, la ville est pour moi un labyrinthe où les êtres et les choses se mélangent et sont indissociables. A partir de l’étude de regards poétiques, scientifiques ou critiques portés sur la ville, j’étudie l’impact de l’espace urbain contemporain sur nos perceptions, et questionne les liens entre l’altération de sa perception et les surcharges sensorielles qu’il pourrait provoquer. Je me focalise pour cela sur la ville quand il fait nuit. La nuit est un moteur particulièrement fort de désorientation : comme un masque, le noir embrouille et modifie nos repères diurnes. Plus encore, la nuit est le siège des manifestations lumineuses. L’éclairage, la signalisation, les enseignes, les écrans de publicité ou tout autre signal capté par notre œil se mélangent et se superposent à l’image de la ville. Les signaux sonores, bien que réduits de nuit, prennent une tout autre ampleur et de nouvelles significations. Ils suscitent le même questionnement que la pollution lumineuse. Il se dégage donc ici un véritable chantier de recherche sur la perception simultanée* de notre époque. Lorsque nous marchons, nous produisons en simultané une carte mentale du chemin emprunté qui nous donne la capacité de nous localiser. Nos incohérences et approximations de l’espace renforcés par les stimuli audiovisuels conduisent à la distorsion de sa perception. Véritable lieu d’égarement, la ville nous perd dans cette multiplicité d’informations.

 

J’envisage la désorientation et les potentiels de dérive sous un angle à la fois théorique et pratique : une recherche par la création, basée sur l’expérience de mon propre vécu.

 

MÉDIUMS ET PRATIQUES

Mon approche passe par des captations vidéos de mes déambulations nocturnes, des prises de sons, du dessin de fausses cartographies et enfin de l’écriture poétique, pratiques que je construis et compose conjointement. 

Pour étudier et évoquer ce processus de désorientation dans la déambulation, j’ai mis en place des protocoles de dérive urbaine dans le quartier où je vivais de septembre 2023 à août 2023, situé près de Pont Cardinet. Ce choix n’est pas anodin : milieu en pleine mutation, ce quartier s’enrichit de nouvelles constructions privées et publiques depuis plusieurs années, blocs de béton et de bois aux formes toujours plus novatrices qui se confrontent aux immeubles plus anciens du quartier. Comme d’autres lieux de Paris, celui-ci me fait réfléchir à sa présence visuelle prenante. De nuit, les fenêtres s’allument et dessinent d’immenses tapis de carreaux verticaux, beauté fascinante et visualisation concrète de notre énorme gaspillage d’énergie. 

Je me suis donc tout d’abord déplacée le long des rues en essayant de faire le blanc dans ma tête et d’errer, sans faire de choix d’orientation. Pendant ma marche, j’ai laissé mes pensées dériver dans un flot de paroles que j’ai enregistrées sur mon dictaphone. L’enjeu était de construire dans ma description visuelle des images déconnectées de la réalité spatiale. Une masse grise n’est plus comprise comme un immeuble mais comme une couleur et des formes sur lesquelles le regard peut passer sans analyse. Ce mode d’attention altère la compréhension des lieux et limite la localisation.  

Des cartographies “fantasmagoriques*”

En travaillant sur les déclencheurs* de désorientation, je souhaitais mêler mes descriptions spatiales poétiques et déconnectées à une composition musicale réalisée à partir du paysage sonore de la ville, ainsi qu’à des images. Mais que représenter sur ces images ?

Utilisatrice quotidienne des cartes de géolocalisation, il m’a paru pertinent d’interroger cet usage. J’ai donc commencé un travail de transcriptions dessinées de mes trajets géographiques. En traçant ces cartographies dans l’installation, j’essaye de comprendre et de rendre tangible le brouillage géographique dont mon esprit fait preuve. Les cartes, déformées par la dérive, ne sont pas des erreurs, mais dans la confusion qu’elles génèrent, appellent à porter notre attention sur autre chose que l’espace réel.

Comme lors d’une dérive* dans la ville à la manière des situationnistes, le désintérêt pour le lieu et sa cartographie réelle concentre notre attention sur l’expérience. Les repères n’importent plus. Par cette dissociation avec le milieu, nous nous y reconnectons différemment, à travers les bribes que nous en percevons. Cette pratique se positionne à contre-courant de la cartographie qu’on dessine pour mieux se repérer et se placer dans l’espace. En 2009, le géographe Yi-Fu Tuan écrit qu’il a toujours eu peur de se perdre ou d’être désorienté. Devenir géographe était pour lui une solution pour perdre cette capacité à se laisser perdre. A l’opposé de son raisonnement, je pense que sortir des dépendances aux cartes et au savoir géographique pourrait éveiller un potentiel fictionnel dans l’espace urbain. 

Ces recherches ont orienté le projet d’installation vers la construction d’un personnage qui se déconnecte sciemment des contraintes de la géographie, pour en construire une autre. Une géographie des silences, qu’ils soient signifiants, ou signifiés. Des silences du sens. 

Partant de la carte de mon quartier que j’ai faite disparaître ensuite, j’ai matérialisé la présence du lieu en dessinant le chemin emprunté par mes pas avec toutes leurs hésitations et revirements. Il se dessine alors un début de cartographie qui se change graduellement en entrelacements et mélanges de parcours improbables. Les cheminements qu’il était possible de suivre initialement se confondent et le sens de la carte initiale est perdu. Il n’y a plus de rues ni d’échelles de distances. Il n’y a plus un seul parcours mais plusieurs qui se dessinent en simultané. Les points de vues qui se superposent et dessinent plusieurs cartes en décalages provoquent une diffraction* de l’attention du spectateur. Ils évoquent également l’aspect pluriel de l’expérience de désorientation au sens large : un rassemblement de différentes expériences individuelles dans une même temporalité.

CONFUSION

Dessiner des cartes mentales qui retranscrivent un faux paysage traduit l’état émotionnel de la marcheuse qui évolue en fonction de l’influence de l’environnement sur son mental. Il s’agit donc de représenter par tous les médiums possibles ses perceptions distordues. 

Une articulation entre la carte et le son : l’outil de la partition

A l’intérieur de la trame écrite poétique, les sons se déplacent et bousculent le début de compréhension que nous apporte le texte narré. Le rôle du texte est de faire entrer le spectateur dans les lieux qu’il évoque. Les sensations qu’il décrit proviennent de la déambulation du personnage de fiction, qui raconte son expérience de désorientation. Quelle articulation instaurer alors entre le dessin cartographique et le son ? Je souhaitais initialement que le son soit connecté aux mouvements et changements de la partie vidéo. Lorsque la boucle de l’installation commence, on entend quelqu’un qui marche et on discerne des pas se dessiner en même temps sur les écrans qui nous entourent. Autre exemple : le moment où les signaux sonores se mélangent les uns aux autres correspond à celui où les pas commencent à hésiter, rebrousser chemin et s’emmêler, donnant lieu à un brouillard cartographique.

MÉTHODE – travail en duo avec l’artiste et chercheur Léo Chédin

Pour parvenir à cette correspondance image-son, nous avons eu recours à l’outil de la partition graphique. 

1. Nous avons placé des feuilles A4 en ligne, puis tracé dessus une courbe représentant la durée de la boucle sonore de l’installation. A partir de celle-ci, nous y avons posé les événements et rythmes que nous souhaitions voir apparaître dans l’expérience de déambulation immobile. Comme ponctuation, nous avons placé et nommé le début de l’installation, puis le milieu et la fin. Cela nous a mené à décomposer la boucle en 3 temps différents que nous avons nommés Actes. Nous avons ensuite nommé ces actes par registre d’émotion et d’action et par coloration de ton : le dernier acte est par exemple bleu, ce qui nous oriente sur les choix de mélodie de ce moment, ainsi que sur ceux qui seront empruntés par l’image.

2. Pour travailler directement sur la partition sonore de l’installation, j’ai identifié à partir des enregistrements et des retours de mes déambulations et dérives urbaines les types de sons que j’avais captés dans le paysage sonore de mon quartier. Nous avons ensuite catégorisé ces sons par familles (les sons humains, les sons du corps qui marche, ceux du flux routier, ceux des éléments naturels comme la pluie ou le vent, et ceux inconnus.) Puis, à partir de cette analyse, j’ai transcrit ces différents souvenirs de sons en “signes”, pour créer une typographie capable de transcrire par écrit ce paysage de sons. Une fois les signes définis ainsi que leur traduction en mots, nous avons pu placer ces éléments sur notre courbe de temps initiale et les répartir dans les 3 actes de l’installation.

 

3. Ce travail de correspondance entre son et images/intentions nous a permis de créer une composition à partir de l’environnement sonore perçu lors de nos traversées urbaines. Plus encore, cela nous a permis d’aborder le sujet clé de cette installation : la similitude entre la rumeur du trafic routier avec celle du mouvement des vagues. Cela représente un chantier à part entière de ce projet, pour lequel nous sommes partis plusieurs jours l’année dernière sur les côtes bretonnes pour y capturer et étudier les fréquences et le remous des vagues. Tout part d’une intuition que j’avais à propos de l’environnement sonore de la mer. Après cette phase de recherche et de captations, nous avons eu (et surtout entendu) confirmation que la fréquence du ressac peut être très similaire à certains mouvements du trafic urbain. Cela varie bien entendu selon la distance d’écoute, mais il est tout à fait possible de confondre la mer et le trafic routier. Cela m’a incitée à tenter de rapprocher ces deux environnements à priori parfaitement opposés et de travailler sur les rapports de ressemblance et dissemblance qu’on peut y discerner. La répétition de la boucle des vagues ou des flux routiers fondus en un seul mouvement continu est à l’origine du “bruit blanc” qui s’en dégage. 

 

4. Distiller le silence

Ces derniers mois, je me suis beaucoup questionnée sur la signification du silence dans nos vies. Que qualifions-nous de silence ?  Quelles sont les qualités de silence qui nous entourent vraiment ? A l’instant où j’écris ces lignes, je suis assise chez moi, fenêtres fermées. Je suis probablement dans le silence. Pourtant, si je tends l’oreille, j’entends des voitures passer en contrebas, je perçois la soufflerie du ventilateur de l’ordinateur du bureau, j’entends des objets et des pas se déplacer doucement chez mes voisins, j’entends, enfin, un sifflement non identifié. Pouvons-nous appeler ça du silence ? Je crois que nous masquons simplement les sons étouffés ou continus pour mieux rentrer dans nos bulles respectives. Tout comme lors de nos échappées urbaines, finalement.

 

Quelques grammes de silence est un livre qui présente certaines similitudes avec mes recherches (en plus de son titre !). L’explorateur Erling Kagge y raconte sa très longue marche en extrême arctique pour rallier le pôle sud. Il évoque ce temps infini passé sur la glace où il fait face au silence démesuré et effroyable de la banquise. Le sol, d’un blanc sans couleur et sans profondeur ne laisse rien de tangible à quoi s’accrocher. Face à ce silence visuel, Erling Kagge fait également face à l’absence de son qui le laisse seul à cohabiter avec le bruit de son corps et de sa marche continue. 

L’extrême arctique est un continent inexploré et vide. Lorsque la moindre parcelle du globe semble déjà avoir été explorée et abîmée, il s’avère rassurant que ce lieu nous demeure inaccessible. 

A l’instar de cette surface blanche et inaudible, j’aimerais persévérer à envisager la ville comme un lieu créateur d’inconnues, et ainsi chercher à la re-mystifier. La nuit, qui m’accompagne continuellement dans ce travail, pourrait peut-être être ré-envisagée comme la trame noire qu’elle est vraiment, et la lumière comme une source d’énergie qui devrait s’y trouver limitée. Lorsque nous dormons et perdons pied quelques heures avec la réalité de nos journées actives, la nuit est un lieu qui nécessite la pause visuelle, la pause sonore, un silence des signes qui font notre quotidien. Ce silence, bien que factice, et occupé par d’autres êtres vivants que nous-mêmes qui n’attendent que notre silence pour s’exprimer.

Lors de nos premiers enregistrements de sons marins, nous pensions qu’introduire la présence de l’environnement sonore de la mer et de son ressac installerait dans ce projet un type de silence identifié, en contraste évident avec notre paysage sonore urbain. Glisser ainsi dans ce que nous appelons des “vides” urbains du non-humain. La possibilité d’un ailleurs au sein de l’urbanité est-elle possible ? Cela soulève pour moi un fort questionnement climatique.

Dans ce projet, introduire la présence sonore mouvante de la mer crée une confrontation avec la ville-bloc-immobile et révèle la force écologique qui nous habite. Le fort désir d’ailleurs comme la nécessité du rêve. Élément naturel absent de nos villes urbaines continentales mais présent dans notre inconscient collectif, le bruit de la mer fait figure de moteur poétique fort, contrastant avec autant de dureté que de douceur avec l’univers urbain ultra construit dans lequel nous évoluons. Après avoir décomposé la captation du paysage sonore urbain, nous sommes donc repartis de cette base de données marine pour l’entremêler confusément avec le ressac de la ville. Il s’agissait de faire en sorte que la réalité urbaine nous échappe et de laisser le mouvement routier se confondre avec l’agitation marine. Je vois dans cette intrication de la mer avec la ville une manière poétique d’envisager les expositions sonores subies par les habitants de la ville métropole.

 

ABOUTISSEMENT 

Une cabine expérientielle

Je considère que la construction de la cabine expérientielle, composée de toutes ces matières sonores, visuelles et textuelles, est l’aboutissement de cette recherche. Cet espace à taille humaine permet au spectateur d’expérimenter une /fausse/ expérience d’exposition à l’espace urbain : la ville se déplace autour de lui, qui reste immobile. Plus qu’une expérience de désorientation, cela revient à vivre une dérive immobile, qui laisse l’espace du rêve émerger.

L’installation mêle donc les projections des cartes imaginaires de la ville, représentations que j’appelle fantasmatiques*, à un montage de vidéos prises dans la ville de nuit. Tandis que les vidéos défilent sur la droite et la gauche du visiteur, son cheminement hypothétique se construit sous ses yeux, trait après trait. Les cartes, dans leur incapacité à reproduire le schéma d’un quelconque système urbain, peuvent traduire les choix de directions parfois inconscients mais révélateurs qui dirigent nos trajets quotidiens : des choix impactés par la pollution audiovisuelle qui nous entoure, que je préfère nommer brouillage. Dans ce qui est trouble peut toujours surgir l’improbable.

UN TEMPS DE RÉSIDENCE

En juillet 2023, nous avons pu bénéficier d’une semaine de résidence de création au Théâtre de la Scène de Recherche de l’ENS Paris-Saclay pour travailler concrètement et spatialement sur l’installation. J’ai la sensation que créer aussi intensivement sur un temps aussi court laisse peu de place au recul nécessaire pour questionner le projet en cours. Néanmoins, il me paraît intéressant de tenter de faire le point sur ce premier résultat, 6 mois plus tard.

Réalisée en tasseaux de bois sur lesquels étaient tendues deux toiles blanches de projection, l’installation était envisagée comme un objet à l’intérieur duquel il fallait se tenir debout et immobile. Il s’avère après expérience avec le public qu’on y est très bien assis. Ou allongé. Ou sur le dos. Je n’avais pas anticipé ces possibilités pour le spectateur, tant j’étais plongée dans l’expérience que je souhaitais communiquer : celle d’une personne qui semble marcher et qui s’est figée en plein mouvement. Là où j’étais un peu déçue de ces réactions lors de la résidence, je vois aujourd’hui dans ces postures un vrai potentiel. Cela ouvre tout un pan de recherches sur l’aspect contemplatif et rêveur que peut revêtir cette expérience. D’autre part, cela résonne avec une discussion que j’avais eue avec ma directrice de mémoire Eliane Beaufils, qui m’avais prévenue que l’effet de désorientation que je cherchais à créer ne serait probablement pas convaincant en tant que tel mais pourrait au contraire amener à d’autres perspectives.

Cet objet – la cabine expérientielle – cherche à rendre tangible, faire comprendre ce qui existe dans l’à côté de nos déambulations concernées, grâce à un moment d’attention contemplative de la part d’un spectateur. 

Cette cabine d’expérience immobile répond-elle à une partie de la question initiale ? Aujourd’hui, je pense que les prises de vue nocturnes de l’installation ne sont pas utiles, et que le tout gagnerait à être simplifié pour ne garder que l’essentiel : la composition sonore de la déambulation nocturne qui se transforme en plongeon dans la mer, et le dessin des fausses cartographies de déambulation. J’ai parlé avec Léo de la possibilité de ne garder que la partie sonore, pour rester dans une évocation essentiellement auditive de l’environnement. Cela reste toujours une option. 

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LEXIQUE

Dérive urbaine –

La dérive est une manière d’errer dans un lieu pour sa découverte, en tant que réseau d’expériences et de vécu. C’est une démarche qui consiste à se déplacer à travers les différentes ambiances d’un espace (une ville, un quartier) en se laissant guider par les impressions et les effets subjectifs des lieux. En pratiquant la dérive, les situationnistes cherchent à reconsidérer la manière dont ils vivent l’espace urbain pour regarder les situations urbaines sous un angle radicalement nouveau. Ils soutiennent que si la plupart des villes occidentales sont peu plaisantes à vivre cela provient du fait qu’elles ont été conçues sans le moindre souci de leur impact émotionnel sur leurs habitants ; ou même qu’elles ont été pensées spécifiquement pour opérer un contrôle psychologique au travers de leur structure. La dérive urbaine a été théorisée et définie par le poète et écrivain Guy Debord au sein du mouvement de l’international situationniste, au cours du 20ème siècle. Ce mouvement critique à la fois ce qu’il nomme la “société du spectacle” et le capitalisme d’État. Debord a mis en place toute une série de protocoles destinés à encadrer la dérive, et s’est intéressé notamment aux effets d’un milieu géographique sur l’individu dans le cadre de la psychogéographie.

Psychogéographie

Guy Debord explique dans ses écrits comment la psychogéographie, en tant que clé de lecture principale, s’intègre au concept de dérive. La psychogéographie étant « l’étude des lois exactes et des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus », elle participe à la compréhension de la façon dont l’individu peut être influencé par le milieu avec lequel il interagit. La dérive urbaine, vue à travers le prisme de la psychogéographie, est une démarche permettant à l’individu de comprendre l’organisation d’un espace par sa propre expérience.

« Théorie de la dérive – La Revue des Ressources »

Fantasmagories

Illusions troublantes, visions fantastiques.

Fantasmatique

Qui présente un caractère irréel. Représentation imaginaire marquant une rupture avec la réalité consciente.

Schizophonie

Terme créé par le compositeur et auteur du paysage sonore R. Murray Schafer, la schizophonie serait la «scission entre un son original et sa transmission ou sa reproduction électroacoustique». Ce terme figure une rupture, une séparation totale et irrémédiable entre le son et son origine. Ce phénomène s’approche de ce qu’on appelle aussi les sons acousmatiques, des sons perçus sans pouvoir en déterminer la source initiale. La différence entre ces deux termes se focalise sur la reproduction électroacoustique, le passage du son sous les rouages de transformations et modulations diverses qui en détourneraient l’origine. Dans l’ouvrage Le paysage sonore qu’il publie en 1969, Schafer explique également que la schizophonie implique des questions liées à la musique, à la géographie et au temps, et ce simultanément. Ce phénomène s’ancre donc dans un espace et un temps donné. Il décrit cette sensation comme un «sentiment d’aberration».

Diffraction de l’attention –  j’envisage l’attention comme une onde qui dévie de sa trajectoire d’origine, comme détournée de son objet d’observation via les stimuli audiovisuels. Cela s’approche d’un effet synesthésique, phénomène sensoriel dans lequel certains stimuli évoquent automatiquement une perception additionnelle.