Féminité Autobiographique: L’Aventure Inspirante d’une Révélation Personnelle

Introduction

Zhen Fang est une performance documentaire que j’ai entreprise à partir de 2020. Au début, je la considérais simplement comme une tâche, mais avec le développement de cette performance, j’ai commencé à ressentir sa richesse et son charme. Suivant cette performance racontant l’histoire de ma trisaïeule, j’ai commencé à filmer d’autres femmes de ma famille, y compris moi-même, et en utilisant cela comme base, j’ai entamé une création de deux ans (2022-2024).

J’ai peu à peu trouvé le thème de ma création : le féminisme, les émotions personnelles, l’image, le corps, et le document que j’appelle  « auto-docu-perf » .

Cette création axée sur les émotions peut également servir de matériau pour des ateliers de création. À travers mon expérience personnelle, j’ai profondément ressenti comment comprendre les femmes autour de moi, voire même moi-même, au cours de ce processus créatif. Je souhaite transformer cette expérience personnelle en une forme d’atelier que je pourrais partager avec d’autres personnes souhaitant créer à partir de leurs émotions personnelles. 

Dans cet article, je partagerai brièvement mon travail au cours des deux dernières années et ce que j’espère atteindre en fin de compte, expliquant ma définition de cette forme de performance et d’atelier. Ensuite, j’analyserai et partagerai mon expérience personnelle et mes sentiments pendant la création, permettant aux émotions de circuler de l’œuvre à mon article. 

L’élément le plus important est que j’essaie de faire de cet article une partie de ma performance, un autre symbole de mon travail. Ainsi, maintenant, je vous invite à regarder ma performance.

I Qu’est ce que la Auto-docu-perf Zhen Fang

Zhen Fang est ma création personnelle pour mon master ArTec. C’est le contenu de mon travail artistique de ces dernières années. En chinois, le mot « Zhen Fang » signifie « revitaliser les femmes », mais cette signification comporte encore un biais sexiste, parce que « Fang » représente les fleurs parfumées, il fait également référence aux femmes. Zhen Fang est aussi le prénom de ma arrière grand-mère. Cette œuvre performance que je vais terminer fusionnera des vidéo documentaires, des documents, et rapportera une histoire autobiographique, que j’appelle : Auto-Docu-Perf.

Auto-Docu-Perf est performance documentaire autobiographie. Dans le domaine de théâtre,

une Performance est le fait d’accomplir une action, par l’acteur, ou plus généralement par tous les moyens de la scène.

C’est à dire le plus important est de trouver un ou une série de gestes qui puissent porter l’émotion et l’histoire, et non pas de trouver une narration. Dans ma performance, je présenterai des gestes différents mais pas seulement à travers mon corps. En guise de présentation finale, je voulais que mon travail ait une certaine théâtralité et je voulais le présenter dans un théâtre ou un espace préétabli, plutôt que dans la rue ou dans un autre lieu similaire.

Cependant, la performance ne se limite pas au théâtre, elle existe dès que l’événement s’adresse ou est reçu par un spectateur ou un observateur.

Présenter un tel travail autobiographique est déjà en soi un acte de travail dans le cadre de la performance, par exemple, le fait que je réalise de documentaire dans ma famille, que j’expose l’intimité et les problèmes dont j’ai personnellement honte, etc… Ce sont déjà des actions de la performance. Par conséquent, tout ce que je fais pour ce travail est ma performance.

L’utilisation de la vidéo dans le spectacle a une longue et riche histoire. Par exemple dans le cas des performances filmiques, lorsque sur une scène ou dans tout autre lieu, les acteurs sont filmés en direct et que leur image est retransmise au public. Dans le contexte du théâtre documentaire (danse/performance documentaire), l’usage de la vidéo ne signifie pas seulement un documentaire vidéo, mais un enregistrement documentaire. La vidéo n’est pas le seul moyen de documentation ; les photos, les voix, certains objets porteurs de sens (comme les actes de naissance, les journaux, etc…) font partie de la documentation. Même si les vidéos apparaissent fréquemment dans mon travail et si j’ai réalisé un documentaire sur ma performance, je pense que la forme de mon travail relève plutôt de ce deuxième type de théâtre/performance documentaire. Tout d’abord, la plupart des vidéos que j’utilise sur scène ont été filmées à l’avance et toutes n’ont pas la logique de vidéo qui en ferait un documentaire, elles sont plutôt une sorte d’archive d’image, et toutes les vidéos en direct que je peux impliquer dans ma performance sont destinées à l’enregistrement et à l’archivage.

Ensuite, mon travail autobiographique traite d’une longue histoire, qui s’étend sur une centaine d’années dans ma famille, et la chose la plus importante est de savoir comment présenter cette histoire à travers la performance. Enfin, il y aura tout autant d’autres documents dans ma performance, y compris, mais sans s’y limiter, des photos, des documents, d’autres objets, etc…

Les œuvres autobiographiques ne sont pas rares dans le théâtre/performance/danse documentaire, mais je place toujours le terme autobiographie dans le style de mon travail et comme premier mot. C’est parce que cette autobiographie n’est pas seulement pour cette performance,  c’est aussi une forme de création personnelle. Que je présente mon histoire personnelle sous la forme d’une vidéo ou d’une autre documentation, ou que je me présente directement sur scène, devant un public, elle a une fonction d’archivage. L’autobiographie est fondamentale pour ma créativité, car l’élément central de mon travail est la distillation d’émotions privées provenant de ma famille d’origine et la construction d’une œuvre à partir de cela. Peut-être qu’à l’avenir, il y aura des autobiographies-films, des autobiographies-installations, etc. De même, l’achèvement d’une performance n’est pas la fin de mon projet. J’espère également développer des ateliers à travers la forme autobiographique. Cet atelier a pour but d’aider les artistes qui veulent s’explorer à réaliser une forme de création autobiographique, qui aide les femmes à comprendre le cadre féministe, à comprendre la source de leurs émotions et à les traverser en les racontant et en les créant, ce qui est aussi une forme d’auto-guérison.

Le féminisme est le sujet de cette performance, et aussi le sujet de ma création personnelle. Dans ce travail, je veux exprimer le féminisme dans ces deux directions :

  • premièrement, présenter mes sentiments et histoires personnels, ce qui est, en même temps, un manifeste féministe. Parce que l’acte même de la voix féminine est extrêmement significatif dans le féminisme ;
  • deuxièmement, je veux aider les femmes à compléter leur éducation sur le féminisme et sur l’autoguérison par le biais d’ateliers. Cette année, j’ai participé un Atelier Demain à nous au sein d’Eclosio à Liège. Emilie Koch, une organisatrice, nous a présenté une association belge dédiée à l’éducation féministe, Le monde selon les femmes : 

« Dans les pédagogies émancipatrices féministes, il y a aussi la question des émotions qui est amenée. La question des émotions, c’est tout ce qui est personnellement lié à ce qu’on aime, à notre histoire familiale etc., mais elle peut être aussi quelque chose sur lequel on s’appuie, donc c’est notre chemin à chacun et chacune, ça correspond à nos réalités et donc c’est essayer de mesurer dans le partage de ses émotions jusqu’où on peut aller, ce qu’on ressent. » 

Ses mots m’ont fait réfléchir à la question de savoir si les pensées personnelles que je génère en créant sont déjà un état d’auto-guérison. En fait, je suis en train de vivre un éveil et une éducation féministes personnels, et je pense qu’il est nécessaire de partager ces expériences avec davantage de femmes.

Le travail créatif que j’ai effectué dans ma pratique au cours de l’année écoulée est basé sur ces questions. Autour de ce sujet, j’ai créé plusieurs performances sur Zhen Fang, en expérimentant différentes formes : théâtre documentaire, performance documentaire, performance référence, etc. Cette année, ma dernière performance corporelle Hong Yan (Je suis une pomme) sera au centre de ma création. Je présenterai finalement une performance de 45 à 60 minutes. Pour l’instant, je vais continuer à travailler sur ma grand-mère, Jing Yun, et avec Hong Yan au centre, je vais développer une réelle connexion entre ces personnages et compléter l’intégration de l’auto-docu-perf. Je vais également organiser plusieurs ateliers cette année pour mettre en pratique mon expérience créative, mon premier atelier est prévu le soir du 22 février 2024 dans un espace du 15e arrondissement de Paris. Cet atelier invitera les participants à apporter un objet lié à leur famille d’origine, qu’il s’agisse d’un objet réel, d’un souvenir ou d’une émotion. Dans le processus de partage, essayez de vous comprendre et complétez ensuite la création d’une performance très simple.

Ces expériences créatives m’ont permis de dégager deux éléments que je souhaite intégrer à ma recherche. La première partie concerne la manière de prendre des émotions privées de ma famille d’origine et de les créer en tant qu’auto-docu-perf, et explique plus précisément le terme d’auto-docu-perf. Comment faire circuler les émotions à travers les différents supports de mon travail en tant que forme d’art : différents documents, mes gestes, et beaucoup de vidéos. Comment les percevoir vraiment et faire en sorte que le public me perçoive ? Cette forme de création artistique s’appuiera sur l’ouvrage de Catherine Grenier La revanche des émotions, l’article d’Hubert Godart autour du geste et du pré-mouvement, etc. Parallèlement, je réfléchirai à la place et au sens de cette forme de création dans un cadre féministe. La deuxième partie est une vision et un prolongement de ma recherche. Après avoir tenté d’organiser à nouveau des ateliers, je ferai une recherche sur les possibilités d’éducation populaire féministe et d’éveil à soi, en tenant compte de mon expérience personnelle. C’est une partie que je souhaite continuer à approfondir après mon Master.

Aujourd’hui, ma création est proche de la maturité, mais le soutien théorique de ma recherche est encore faible. Au cours des six prochains mois, je m’efforcerai d’intégrer ma pratique à la recherche et de l’enrichir davantage avec des connaissances théoriques.

II Pratique ! Une Auto-docu-perf Zhen Fang (Essayez de regarder cette partie comme une performance)

  1. Quatre femmes:

Zhen Fang

Ma arrière-grand-mère

Dans sa jeunesse, sa famille était aisée, mais elle a ensuite été confrontée à des changements sociaux et politiques, et sa vie a changé en conséquence.

Elle a eu les pieds bandés, mais les a déliés elle-même parce qu’elle trouvait cela trop douloureux.

En vieillissant, elle passait plusieurs mois de l’année avec l’un de ses enfants.

Elle est décédée en 2023.

Jing Yun

Ma grand-mère

Elle a vécu des périodes de troubles sociaux. Comme sa mère (Zhen Fang) venait d’une famille aisée, elle a été refusée pour le service militaire à cette époque.

Plus tard, pour subvenir à ses besoins, elle a quitté sa pauvre maison natale, s’est mariée et a eu trois enfants.

Elle avait une mauvaise relation avec son mari, et ses enfants ont également eu des difficultés dans la vie.

Sa vie a été consacrée aux autres, jamais à elle-même.

Hong Yan

Ma mère

Elle a fini le collège et a travaillé dans une librairie.

Elle avait une personnalité douce et agile, un intérieur riche et coloré, et était très émotionnelle.

Elle était constamment opprimée par mon père dans une société patriarcale.

Ses intérêts et passions n’ont pas pu se développer.

Elle a subi des violences domestiques.

Elle a accepté son sort dans cette vie tout en vivant brillamment dans les interstices.

Han

Moi

Après l’université, elle a choisi de venir en France où elle a commencé à s’engager dans la création féministe.

Elle a été conditionnée par une société patriarcale, à la fois immergée dedans et aspirant à s’en libérer.

Elle a été fortement entravée par sa famille d’origine.

Elle est un exemple de femmes qui ne sont ni complètement courageuses ni résignées.

 

2. Quatre pommes ?

Performance documentaire Zhen Fang 5-15mins

Dans cette performance, l’artiste utilisera son corps pour montrer la douleur subie par Zhen Fang lorsqu’elle avait les pieds bandés. En même temps, Zhen Fang racontera sa douleur dans un documentaire vidéo. L’artiste présentera également sa propre famille, soit le contexte de vie de Zhen Fang.

Performance Hong Yan / Je suis une pomme 

Cet été, j’ai à nouveau été confrontée à la violence domestique de mon père envers Hong Yan, mais je ne savais toujours pas quoi faire. Je me sens honteuse de ma lâcheté. Je ne peux pas faire face à cette partie de moi qui me fait honte.

Cet été, j’ai réalisé un documentaire sur Hong Yan. Je lui ai posé une question : si tu étais un fruit, lequel serais-tu ?

Hong Yan a répondu : « Je pense que je suis une pomme. Parce que les pommes sont les plus communes, les plus courantes. »

Cette phrase m’a marquée, et même après mon retour en France, quand je pense aux événements de cet été, je suis toujours triste.

J’ai donc créé à partir de la phrase de Hong Yan « Je pense que je suis une pomme. Parce que les pommes sont les plus communes, les plus courantes. » et de mes émotions. 

J’ai travaillé sur un drap blanc. Le drap blanc me contrôlait, et j’ai imprimé d’innombrables empreintes de mains ensanglantées sur mon corps.

Ce drap blanc qui me contrôlait la contrôlait également elle.

Dans cette performance, je souhaite représenter l’image d’une femme emprisonnée. Je veux exprimer ma confusion et mon embarras à travers mon amour pour Hong Yan. Nous sommes si proches, mais je n’ai pas pu l’aider.

Pour cela, je ne veux pas créer un scénario très complexe, je veux juste montrer ce sentiment de la manière la plus simple possible.

Jing Yun

?

Han

Elle observe tout, elle tourne des documentaires, elle fait de la performance. Elle est timide, elle a peur, elle est ambivalente, elle est hésitante, elle est pleine d’émotions.

C’est sa pomme.

3. Quatre émotions !!!

Inviter chaque lecteur à essayer de découvrir à quelle pomme appartient chaque émotion, à la ressentir, à la comprendre, à l’approcher et à créer à travers elle.

Consommation  – ???

«  Exploitez-vous votre arrière-grand-mère ? » 

 « Exposez-vous votre vie privée pour attirer l’attention ? » 

 « Vous pliez-vous aux stéréotypes dépassés des Français sur la vie des Chinois ? »

la consommation = une pomme, désolée une femme, qui commence à partager sa vie, à poser des questions et à dénoncer l’injustice ?

Étrangeté – ???

Sa vie et son histoire semblent très éloignées. Cet étrange sentiment…

Contradiction – ???

Traditionnelle. 

Un exemple parfait du système patriarcal chinois.

Endurer les souffrances.

Cuisine mais n’est pas à table pour manger. 

Être endurante. 

Espère qu’une personne aura pitié d’elle. 

Mais, à l’époque, lorsqu’elle vivait dans la famine, mendiant pour survivre, pouvions-nous attendre de cette jeune fille qu’elle grandisse pour devenir une féministe forte et indépendante ?

Redoute – ???

« Et moi, dans tout ça ? Tu ne t’occupes plus de moi ? »

 

 

III Quand je parle de féminisme, de quoi est-ce que je parle exactement ?

La transmission des émotions est un sujet important de ma création. Pour nous, révéler les injustices subies par nous-mêmes et nos proches féminins n’est pas simple, car souvent, ces traitements injustes proviennent d’autres personnes intimes de la famille. D’une part, c’est une chaîne émotionnelle, et d’autre part, c’est une chaîne de persuasion sociale, qui inclut mais n’est pas limitée à des idées telles que : peu importe ce qu’il fait, il t’aime quand même ; quoi qu’il en soit, c’est ton proche/ton père/ton mari, etc. Parfois, face à cette autorité (le patriarcat dans une famille est comme un gouvernement autoritaire dans une société, et cet exemple est très pertinent en Chine), je pense que le premier pas de l’expression féministe n’est pas d’explorer divers problèmes majeurs, comme le destin des femmes. À mon avis, le premier pas de l’expression féministe est de révéler sa propre vie : ce courage est une forme d’expression féministe.

De même, les femmes sont appelées à être douces, compréhensives et à jouer un rôle plus doux dans la famille et dans la société. Lors des entretiens avec ma mère et ma grand-mère, j’ai constaté qu’elles trouvaient honteux et humiliant de décrire leur mariage malheureux, une honte qui s’apparente à celle des femmes qui se croient coupables d’avoir été violées. Ces vies privées cachées ne doivent pas être dévoilées : mon mari me bat, mon mari me trompe, mon mari me contrôle mentalement et opérationnellement, m’humilie, etc. ne doivent pas être découvertes, et il est impératif de créer l’illusion d’une famille heureuse. En fait, c’est exactement le piège que la société patriarcale a tendu aux femmes. Les femmes pensent que le fait d’avoir un mariage heureux est un signe de réussite, et les femmes pensent que se plaindre de leurs souffrances dans le mariage est une erreur. Dans ce contexte, la parole elle-même est devenue un manifeste féministe, déjà une révolte contre le patriarcat.

 


Pavis, Patrice. Dictionnaire de la performance et du théâtre contemporain. Armand Colin, 2018

https://www.cairn.info/dictionnaire-de-la-performance-et-du-theatre–9782200617271.htm