Recouvrant les murs, des photographies
Nous regardons les photos de famille (pour ceux d’entre nous qui ont la chance d’en avoir) et nous voyons des schémas se dessiner : les photos de mariage, les bébés, les hommes qui pêchent, les femmes qui cousent, les garçons avec leurs voitures et les filles avec leurs robes, non pas comme une boucle, mais comme une sorte de ligne qui s’étend à l’infini. Nous ne nous voyons dans aucune de ces photos, il y a une rupture. Nous cherchons peut-être en marge un oncle efféminé ou un cousine butch. Si les personnes queer ont toujours existé, ce manque doit donc être un état naturel de la mémoire queer, mais bien sûr, les choses ne sont pas aussi simples. Les personnes queer n’ont pas simplement décidé de ne pas conserver de traces, elles n’y étaient pas autorisées, ou ces traces étaient utilisées comme preuves pour les persécuter. Ce que je propose, ce n’est pas tant que les personnes queer soient intrinsèquement oublieuses, qu’elles ne se soucient pas de la mémoire ou qu’elles veuillent absolument construire la mémoire d’une manière alternative. Je vois plutôt cela comme une réappropriation de l’oubli. Parce qu’on nous a fait oublier, l’oubli est devenu partie intégrante de notre processus de construction de la mémoire.
