Étude de cas : Through the Window.

Pour ce troisième rendu, j’aimerais vous partager un projet créé dans le cadre de mon studio de création digitale, DVTK. Il me semble que celui-ci constitue une première itération pour mon projet de recherche-création, dont j’avais décrit les intentions dans ma note précédente. En rappel, je cherche donc à envisager comment créer des œuvres sur le web d’aujourd’hui, en trouvant une façon de les faire « exister » en tant qu’œuvres grâce à la technologie NFT (qui permet, grâce à la blockchain, d’authentifier tout objet numérique) et trouvant des moyens de les « préserver » d’une obsolescence accélérée inévitable (puisque le web est toujours changeant), notamment par l’écriture d’un récit de l’œuvre comme opération de « fixation ».

Le premier confinement a engendré de nombreux changements dans le paysage numérique. En terme d’usage, à l’échelle individuelle, nous avons été contraints de nous habituer aux réunions en visioconférence et au télé-travail et durant cette période, les réseaux sociaux ont vu leur traffic augmenter de 150%. L’autre aspect que j’ai pu constater est la création de nombreux projets web, parfois destinés à « remplacer » des évènements qui ne pouvaient pas avoir lieu. Au sein de mon studio DVTK, nous avons eu la chance de pouvoir travailler en collaboration avec l’artiste Fabien Léaustic pour concevoir The Skin of Ruins (http://theskinofruins.art), une œuvre en ligne créée dans le cadre de l’exposition digitalisée Critical Zones du musée ZKM.

C’est aussi dans ce contexte que nous avons créé Through the Window, une œuvre en ligne participative.

En se connectant à la plateforme, les visiteurs confinés sont invités à prendre une photo du ciel depuis leur fenêtre et à l’importer sur la plateforme. Lorsqu’une image est téléchargée, nous récupérons ses pixels et les traitons comme un matériau malléable : l’image est étirée, floutée pour venir s’entremêler aux contributions précédentes. L’ensemble de ces fragments de cieux virtualisés se confondent dans une composition en mouvement. L’assemblage créé constitue un paysage collectif, composé de toutes les participations.

Par cette opération, nous souhaitions envisager la toile du web comme un lieu virtuel accessible à tous, qui puisse ainsi nous rassembler et créer ensemble, par delà le temps et l’espace.

En parallèle de la plateforme, nous avons créé plusieurs images de synthèse, qui, en somme, nous permettaient de « faire exister » le projet en dehors du site lui-même et de lui donner plus de portée. C’est toujours une tâche compliquée, que de partager un site : une sorte de mise en abîme difficile à saisir pour le spectateur, un site dans un site.

Les images présentent la composition de Through the Window, tantôt réinterprétée sous la forme d’objets d’exposition : une vidéo, un assemblage de paravents et une grande toile suspendue, tous trois mis en scène dans un espace de galerie type « White Cube », très codifié et donc identifiable. En somme, ces trois visuels présentaient un certain « fantasme » de voir le site sortir de sa toile, afin qu’il puisse rencontrer l’espace d’exposition.

A posteriori de cette initiative, nous avons été invité à participer à l’exposition Life on Planet Orsimanirana qui s’est tenue au MKG Hamburg en juin 2021. Le catalogue de l’exposition était lui-même pensé comme un ouvrage collectif, où chaque participant.e était invité.e à produire un texte et des visuels de leur choix. À cette occasion, nous avons créé une série d’images à partir de « matériaux » récupérés de travaux précédents, notamment ceux de Through the Window. À partir de ces « fragments de cieux », nous avons recréé une série d’illustrations.

L’une de ces illustrations a poursuivi son voyage pour retrouver l’espace cybernétique, et faire partie de l’exposition digitale Isentropics, ouverte sur le site exhibitions.vsco.co du 17 novembre au 17 janvier qui réunit un corpus d’œuvres NFT. Peu après l’ouverture de l’exposition, l’œuvre a rapidement été acquise par un acheteur.

Toutes les étapes qui constituent la « vie » de cette œuvre depuis sa mise en ligne suivie des différentes manières dont nous l’avons faite exister, me semble directement informer mon projet de recherche-création. Le site est toujours en ligne aujourd’hui (https://throughthewindow.online/), et je m’attends à ce qu’il ne fonctionne plus prochainement, suite à une mise à jour quelconque décidée par Apple. La partie qu’il me reste à explorer serait donc celle de l’écriture de l’œuvre, que je pense travailler ici par ce récit. Je m’interroge toujours sur la nature de cette écriture, de trouver comment elle pourrait fonctionner. J’aimerais m’intéresser aux protocols d’écriture qui décrivent les œuvres : par exemple, les protocols décrits par Nam June Paik, ou bien les partitions de danse qui décrivent les œuvres des chorégraphes.