Diablo® II

Diablo 2 : du JDR au jeu vidéo

Avant de nous intéresser au jeu, voici quelques éléments intéressants pour vous faire découvrir le jeu dont nous allons parler :

  • Ci-après, des captures vidéo du jeu « Diablo II : Resurrected » :

 

  • Ci-après, une bande-annonce de « Diablo II : Resurrected » :

 

  • Ci-après, deux articles sur « Diablo II : Resurrected » :

https://news.blizzard.com/fr-fr/diablo2/23725427/diablo-ii-resume-des-episodes-precedents

https://news.blizzard.com/fr-fr/diablo2/23700733/comment-nous-rendons-diablo-ii-resurrected-plus-accessible-a-tous

 

Acte I : Le Camp des Rogues

Quête 1 : Le repaire du mal

                « Diablo II », le deuxième jeu d’une saga de jeux vidéo dont trois opus sont déjà sortis à ce jour. Sorti en 2000 sur PC par Blizzard, ce jeu est un RPG[1] sous-catégorisé comme hack and slash[2]. Il avait eu le droit à une extension, « Lord of Destruction », sortie en 2001.

Considéré par beaucoup comme un jeu culte[3], il a traversé les époques et les différentes générations de systèmes d’exploitation Windows avant d’avoir été remasterisé et ressorti sous le nom de « Diablo II : Resurrected » le 23 septembre 2021. Il est ainsi désormais également disponible sur Nintendo Switch, PS4, PS5, Xbox One et Xbox Series X/S.

J’entreprendrai de présenter dans cet article mon jeu vidéo préféré qui se trouve avoir beaucoup de liens avec la pratique du jeu de rôle. Ainsi, nous pouvons nous demander dans quelles mesures son gameplay directement inspiré du système des jeux de rôle et son lore[4] familier aux rôlistes de Med-Fan[5] font de ce jeu un exemple intéressant pour présenter le JDR sous une forme numérique.

 

Quête 2 : Le cimetière des Sœurs

« Diablo II » est un jeu dont l’histoire s’inscrit dans la tradition Med-Fan où l’ambiance médiévale se mêle au fantastique. Le site de Blizzard a par ailleurs publié un article en vue de la sortie de « Diablo II : Resurrected » où nous pouvons retrouver un résumé des épisodes précédents[6]. Le joueur incarne un héros issu d’une des sept classes disponibles dans le jeu[7]. Tous les humains de Sanctuaire sont des descendants des Nephalem, la race humaine créée par les anges et les démons et qui avaient des capacités hors du commun jusqu’à ce que leur pouvoir soit restreint par la Pierre-Monde.

Le joueur incarne un aventurier parti en quête contre les forces du mal, celui-ci héritant probablement encore de pouvoirs oubliés… Il sera amené à combattre des hordes de démons et de monstres maléfiques, des humains corrompus, mais également des seigneurs des ténèbres tels que Mephisto, Seigneur de la Haine, Baal, Seigneur de la Destruction, et Diablo, Seigneur de la Terreur.

 

Quête 3 : A la recherche de Cain

L’histoire du jeu rappelle celui du jeu de rôle où, bien souvent, le héros qui part en quête est anodin. En effet, les héros de JDR ne sont pas forcément « surhumains » au sens qu’ils sont plus extraordinaires que les autres personnes peuplant leur monde, mais ils ont une certaine volonté et surtout l’ambition de réaliser des exploits, que ce soit pour la renommée, la fierté, la fortune, la vengeance, ou autre. Le héros de « Diablo II » est de la même manière parti en quête sans réellement savoir jusqu’où l’aventure le guidera.

« Diablo II » fonctionne en 5 actes[8] dans lesquels on retrouve 6 quêtes (excepté pour l’acte 4 qui en a seulement 3). Chaque quête peut être divisée en plusieurs étapes, comme d’abord trouver un livre, puis y apprendre le lieu où se rendre, puis explorer et enfin tuer le grand méchant. Le héros doit finir chaque quête afin d’avancer dans le jeu. Ce système de quêtes est désigné comme un PMT ou « Porte – Monstre – Trésor » car on ouvre la porte dans le donjon, puis on y tue les monstres pour enfin y récupérer des trésors (équipements, or, éléments magiques, etc). Cette façon de construire l’histoire comme une succession de donjons est hérité des tous premiers JDR.

Cette façon de jouer est elle-même un détournement des jeux de figurines ou « Wargames »[9] où la partie reconstituait des batailles rassemblant des dizaines de figurines dans chaque armées. Puis, ces jeux s’étaient déclinés en escarmouches avec seulement quelques unités avant d’être joués avec un seul héros ou un groupe de héros chacun joué par une personne qui exploraient des donjons : c’est la naissance du JDR. Aujourd’hui, ce type de jeu est plutôt gardé pour les jeux de plateau tels que « Descent » ou certains jeux de la gamme « Warhammer » tandis que les jeux de rôle s’en détachent pour proposer des histoires plus vastes et plus libres.

Ainsi, à l’origine, les parties de « Donjons et Dragons » ne comportaient pas d’histoires en dehors des donjons et n’étaient qu’une succession de donjons et de monstres à tuer pour looter[10] des équipements, potions et autre. C’est ce système de jeu qui a été repris dans « Diablo II ».

 

Quête 4 : La Tour Oubliée

Le deuxième point important est la dimension de lutte entre le bien et le mal qui revient souvent dans les jeux de rôle. Un groupe d’aventuriers peut lutter contre le mal et s’opposer à la destruction du monde, mais cela ne sera pas sans danger ! Cette idée de lutte contre une puissance bien trop forte pour les aventuriers s’inspire directement de la littérature fantastique dont elle découle. On peut en effet relever l’influence de certains monuments de la culture fantastique comme « Le Seigneur des Anneaux » avec la notion que chacun peut lutter et faire ce dont il ne se serait jamais cru capable : « Même la plus petite personne peut changer le cours de l’avenir. »[11].

Les aventuriers vont devoir apprendre à maîtriser des compétences et augmenter leur force, dextérité et vitalité afin de se mesurer aux démons et à tous les êtres maléfiques cherchant à détruire l’équilibre du monde.

Dans ce chemin périlleux, les héros vont combattre des créatures. Ces combats leur donneront de l’expérience ainsi que des équipements, des artéfacts et de l’or. L’expérience permet de monter de niveau et chaque niveau permet au joueur de répartir un certain nombre de points dans ses statistiques (Force, Dextérité, Vitalité, Endurance, Mana[12], Energie) et dans ses compétences. Les compétences sont propres à chaque classe qui dispose d’un arbre de compétence précis que le joueur peut personnaliser en allouant des points dans une compétence et non dans une autre.

Beaucoup de JDR ont un système de jeu qui se rapproche de ce que je viens de décrire et que nous pouvons trouver dans le gameplay de « Diablo II ». Il en va de même pour l’équipement du héros qui permet de le protéger, d’attaquer mais également d’améliorer certaines de ses statistiques et compétences notamment magiques. En augmentant ses statistiques, le héros a plus de chance de toucher et donc de faire des dégâts. Ceci est un point très important qui lie « Diablo II » et la pratique du jeu de rôle.

En effet, comme l’explique un article traitant de la question de l’accessibilité du jeu remasterisé[13], « Diablo II » se base sur le gameplay du JDR :

« Quand vous vous penchez sur le fonctionnement de Diablo II, vous constatez qu’il est question de lancer des dés car il s’agit avant tout d’un jeu de rôle. Vous pouvez être en train d’attaquer un monstre, et votre épée peut s’animer comme si un coup avait été porté, mais en réalité, vos statistiques sont mauvaises et le coup porté est un échec. »

             Dans un JDR, le jet de dés permet de décider si l’action est une réussite ou un échec en fonction de la valeur de nos statistiques et de nos compétences mais également de nos armes. Dans « Diablo II », nos compétences et statistiques sont chiffrées afin de donner une valeurs. Plus la valeur est haute, plus nous avons de chance que l’action réussisse. Afin d’augmenter ces valeurs, nous pouvons allouer à chaque level-up[14] des points dans la statistique et la compétence nécessaire (cela dépend de notre classe et de nos armes), mais également utiliser des armes, des équipements de protections, des amulettes, des bagues et des éléments encastrables qui augmentent nos valeurs d’attaque, de défense et de magie. Les éléments encastrables sont notamment des pierres précieuses qui donnent des bonus en fonction de plusieurs paramètres.

             Tout d’abord, tous les équipements ne peuvent pas recevoir ce types de bonus, ils faut qu’ils soient encastrables. Ensuite, les bonus dépendent à la fois de la nature de l’élément (un rubis et un topaze n’auront pas les mêmes effets), de la qualité (diamant abimé ou diamant pur) mais également de la pièce d’équipement dans laquelle vous l’encastrez (une même pierre précieuse ou un crâne n’aura pas le même effet s’il est encastré sur un heaume, une arme, un bouclier ou une armure).

             Il est par ailleurs important de relever que ce type de jeu se différencie nettement avec d’autres jeux vidéo nécessitant une certaine habilité (par exemple viser pour tirer, si je vise mal, je rate mon tire ; ou bien il faut être rapide, je ne suis pas assez rapide, je rate l’action) car il faut optimiser son équipement et ses statistiques en fonction de ses compétences, de ses armes et de sa manière de jouer et malgré qu’il faille être rapide pour taper sur les ennemis, ce n’est pas de notre fait si on rate plusieurs coup d’affilé par exemple (ce n’est pas parce que nous n’avons pas réussi quelque chose que l’action rate) et réussir ne nécessite pas simplement une amélioration personnelle (stratégie, rapidité) mais également une refonte de notre personnage (équipement, statistiques et compétences).

             En termes de gameplay, le JDR est sur ce dernier point très proche du jeu « Diablo II » puisque c’est une question de probabilité sur notre lancé de dé (je suis forte dans une compétence si j’ai un fort taux de probabilité de réussir le jet).

            

             Quête 5 : outils du commerce

             Les éléments développés dans cette étude ne sont en aucun cas une liste exhaustive de liens entre la pratique du JDR et « Diablo II ». Il existe cependant un dernier point sur lequel il me semble important de revenir.

             Comme je l’ai expliqué précédemment, le jeu est divisé en cinq actes. Chaque acte prend place dans un lieu différent du monde de Sanctuaire et ce lieu est divisé comme suit : des étendues de terres à explorer, composés comme un enchainement de donjons et de terres désolées ou de jungles, avec des portails reliés entre eux qu’il faut découvrir et activer, et un lieu où on peut être en sécurité (Camp des Rogues de l’acte 1, Luth Gholein pour l’acte 2). Ce dernier est souvent une sorte de ville ou village où on peut retrouver le portail reliant ceux qu’on peut activer sur les territoires à explorer, notre coffre où on peut stocker or et biens et les principaux PNJ[15].

             Les PNJ ont différents rôles, et certains en endossent plusieurs. Ainsi, il existe des marchands à qui ont peut vendre ou acheter de l’équipement et des potions ainsi que faire réparer notre équipement, celui qui nous fait voyager entre les différents actes, celui qui nous loue les services d’un.e mercenaire, ou encore Deckard Cain qui est le principal détenteur d’informations du jeu et le PNJ le plus célèbre du jeu. Certains lancent les quêtes, nous aident dans leur progression ou les valident et nous donnent des récompenses.

             Ce lieu est le centre du jeu pour chaque acte et cette construction du monde est conservée sur les 3 opus du jeu. Il est cependant très intéressant de voir en quoi ce lieu est un point non négligeable des similitudes avec la pratique du JDR. En effet, il existe dans les JDR une tradition de la « taverne ». Surtout visible dans les univers Med-Fan, la taverne est un symbole et a une utilité scénaristique incontestable.

             La taverne est le lieu où les personnages se retrouvent pour se rencontrer, discuter, être recrutés, se reposer, se rejoindre, être contactés et se restaurer mais, avant tout, la taverne est le lieu où les aventuriers peuvent consulter le tableau des quêtes. Le tableau des quêtes est un panneaux où sont réunis les différentes quêtes disponibles : ce sont des demandes des personnages de la diégèse. Cela peut aller de « la quête de la poêle perdue » à la disparition d’une fille enlevée par des gobelins. Souvent, les quêtes proposent une rémunération en échange du service rendu par les aventuriers. Les héros peuvent choisir à la taverne quelle quête ils vont mener, en discuter et y chercher des informations et indices.

             En vous ayant exposé le rôle de la taverne, je tiens ainsi à remarquer combien la construction des actes de « Diablo 2 » peut s’apparenter à celui d’un JDR avec ce lieu de repos indispensable qui sert de « taverne » fictionnelle.

            

             Quête 6 : Le carnage des Sœurs

             Comme nous avons pu le voir, cette « taverne » n’est qu’un exemple parmi de nombreux autres de l’héritage de la culture du jeu de rôle dans « Diablo II » mais il est important de relever que c’est également un héritage de la culture médiévale et de la culture fantastique. En effet, le jeu de rôle et le jeu vidéo sont avant tout des rencontres de cultures. La culture « geek » mêlée à la passion de littérature médiévale et fantastique font de la pratique du jeu de rôle une mine de références et d’inspirations qui ont inspiré le jeu vidéo et qui s’inspire du jeu vidéo.

             Cette dimension du croisement des cultures est fondamentale pour se rendre compte de l’immensité des connaissances que certains joueurs et fans ont. En effet, certains chef-d’œuvres influencent le domaine du jeu vidéo et du JDR car ils sont une mine de connaissances, et à l’inverse les jeux vidéo et le JDR influencent ce que nous retrouvons au cinéma et en littérature (certains films sont inspirés de JDR et de jeux vidéo). Ainsi, je vous amène à réfléchir sur le fait que l’extraordinaire travail d’Alexandre Astier avec « Kaamelott » est pour les passionnés de Med-Fan étroitement lié à la pratique du JDR et du jeu vidéo, mais également au domaine de la littérature et du cinéma.

 

 

[1] Role-Playing Game qu’on peut traduire par « jeu de rôle ».

[2] Type de jeu où la majorité du gameplay se concentre sur les combats grâce auxquels notre personnage pourra améliorer son équipement et ses compétences.

[3] On retrouve notamment les termes « jeu culte » associés à « Diablo II » dans plusieurs articles comme ceux de « jeuxvideo.com », « lemonde.fr », « franceinter.fr », « ouestfrance.fr », « millenium.org », « nintendo-town.fr », « weareplaystation.fr », « xbox-mag.net », « jeuxvideo-live.com », et d’autres.

[4] Le lore est l’univers d’un monde où se déroule une fiction.

[5] Diminutif souvent usité de « Médiéval-Fantastique ».

[6] Le lien de l’article est le suivant : https://news.blizzard.com/fr-fr/diablo2/23725427/diablo-ii-resume-des-episodes-precedents .

[7] Les différentes classes sont : Amazone, Assassin, Nécromancien, Barbare, Paladin, Sorcière et Druide.

[8] Le jeu original comporte 4 actes et l’extension apporte 1 acte. Il existe également un niveau « secret ».

[9] Le plus célèbre « Wargame » est Warhammer qui s’est décliné en 3 grands « Wargames », un JDR, de nombreux jeux vidéo (RPG, jeux de stratégie, etc…), en dessins animés, romans, et autres.

[10] Looter est un terme souvent utilisé pour désigner le fait de ramasser des équipements après avoir battu un monstre. Souvent, le loot est aléatoire.

[11] « Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de L’Anneau » J.R.R. Tolkien

[12] Le Mana est la source de la magie du héros. Elle n’est pas infinie et doit se recharger : soit avec du temps, soit avec des potions.

[13] Le lien de l’article est le suivant : https://news.blizzard.com/fr-fr/diablo2/23700733/comment-nous-rendons-diablo-ii-resurrected-plus-accessible-a-tous

[14] Le level-up est la « montée de niveau ».

[15] PNJ signifie « Personnage Non-Joueur » : ce sont les personnages du jeu qui nous guident, nous attaquent, nous aident…